A l’origine de la création de la gériatrie, une dame : Simone Veil

31 juillet 2017 — Catégories : Blog, News — Auteur :

Simone Veil était une immense femme politique. En atteste son entrée au Panthéon, temple où reposent les grands hommes – et femmes – qui ont mérité la reconnaissance nationale depuis 1791. Son héritage est immense : son engagement pour les combats emblématiques de son époque a indéniablement fait avancer la société française.

Parmi les hommages rendus à Madame Veil, on devrait trouver aussi ceux des gériatres. Lors du gouvernement d’Edouard Balladur, Simone Veil fut l’un des rares ministres de la santé à s’intéresser personnellement au développement de la Gériatrie en France et en Europe. Parmi ses initiatives, elle organisa un colloque Européen sur la Formation à la Gériatrie en Europe où participèrent tous les pays de l’Europe de l’époque (les « Quinze, plus les deux pays associés). Le document officiel européen résultant fut publié par le Ministère en français et en anglais diffusé par le Ministère notamment à tous ses homologues européens. Ce fut une officialisation de la nécessité d’une formation de tous les médecins à la Gériatrie dans toutes les facultés et de la création d’une spécialité de Gériatrie dans tous les pays européens – dont la France. A l’époque certains pensaient encore que la Gériatrie était une « sensibilité » (sic) et non un corpus de connaissances et d’expérience.

Deux souvenirs personnels témoignent de son intérêt sur le sujet.

Le premier fut à l’occasion d’une réunion sur la gériatrie. Avant d’entrer dans la salle, la Ministre remit ostensiblement dans son sac les notes préparées par son cabinet préférant « dire ce qu’elle pensait » plutôt que lire des textes touts faits. Une fois en salle, elle parla avec son cœur et sa conviction profonde.

Le deuxième souvenir que je garde et qui atteste de son intérêt profond pour notre discipline se déroula lors du Colloque Européen sur la formation. Nous savions son temps de présence limité par un Conseil des Ministres. Le discours du Commissaire Européen qui parlait avant elle n’en finissait pas. Ses pincements de lèvres ainsi que ses coups d’œil inquiets à sa montre ne nous ont pas échappés : gériatres et membres du cabinet échangions quelques signes silencieux. Quand le commissaire s’arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle, et soulever la première feuille d’une épaisse liasse de texte, le premier rang se mit à applaudir avec énergie. La salle suivit, comme s’il avait fini son discours. Le Commissaire ne put alors reprendre la parole. Mme Veil eut un grand sourire et eut tout son temps pour dire avec conviction ce qu’elle souhaitait dire et ce qu’elle envisageait de faire. Cette fois les applaudissements furent sincères.

 

Immortelle pour nous tous gériatres, Simone Veil l’est et le restera.

Robert Moulias

 

 

Lire la suite...


Lancement du Prix Edouard et Lucie Chaffoteaux 2017

17 juillet 2017 — Catégories : Blog, News — Auteur :

En partenariat avec la Fondation de France, le Prix Edouard et Lucie Chaffoteaux 2017 couronne le résultat d’un travail d’un jeune collègue (moins de 35 ans) ayant permis un progrès dans le domaine des sciences médicales et plus particulièrement dans le domaine de la gériatrie et de la lutte contre le vieillissement.

3 prix de 15 000 euros chacun seront attribués à l’occasion de notre Assemblée Générale, lors des JASFGG du 27 au 29 novembre 2017 , un dans chaque thématique :

  • la recherche biologique en vieillissement et sénescence
  • la recherche clinique en gériatrie
  • les sciences humaines et sociales concernant les problématiques liées au vieillissement et à la prise en charge des patients âgés.

Merci de prendre connaissance du règlement joint et de diffuser l’information !

Les dossiers doivent nous parvenir avant le 9 octobre 2017 minuit par mail à melissa.houbart@sfgg.org

Lire la suite...


La grippe, quel bilan pour les personnes âgées ? Répondez à notre enquête PUGG 2017

26 juin 2017 — Catégories : Blog, News — Auteur :

L’été a chassé l’hiver et ses virus de saison.
L’occasion de faire le point sur l’épidémie de grippe qui a été particulièrement meurtrière cette année, en particulier chez nos résidents et patients.

Des doutes persistent chez le épidémiologistes et les institutions sanitaires quant à l’impact de cette maladie chez les personnes âgées. Comment cela s’est-il réellement passé ? Quel a été l’impact réel de la grippe sur les personnes âgées ? Quelles conclusions pouvons-nous en tirer ? Nous avons le moyen de répondre à ces questions grâce à l’enquête que nous lançons cette année.

       Cette année l’enquête PUGG cible les personnes avec grippe (patients hospitalisés dans les unités de MCO et SSR et résidents d’Ehpad et USLD).

La grippe est chaque année un véritable fléau pour la population la plus âgée ; néanmoins de nombreux doutes persistent quant aux impacts directs et indirects de la grippe en raison notamment d’une épidémiologie basée sur la probabilité diagnostique et non sur le diagnostic de certitude.

Depuis quelques années, nous sommes nombreux à posséder des tests spécifiques (PCR dans les établissements de santé et tests rapides d’orientation diagnostique –TROD- le plus souvent dans les établissements médico-sociaux) qui nous permettent une grande sureté diagnostique. Il doit donc être possible actuellement d’accumuler des données sur un nombre important de grippes confirmées survenant chez le sujet âgé et d’en montrer l’impact réel à court et moyen terme.

Cette enquête a été coordonnée par le GINGER (intergroupe SPILF/SFGG) (bureau : Drs M Paccalin, B de Wazières, C Roubaud, E Forestier, L Bernard, L Legout, T. Fraisse, G Gavazzi) ; (Collaboration de N Maubourguet/AM Tahrat (DGCS), partie EHPAD) et le conseil scientifique de la SFGG.

Réponses : 

Merci de répondre à cette enquête avant le 15 septembre 2017

Vous aurez à remplir :
– une page de généralité sur votre structure et fonctionnement pendant l’épidémie de grippe
– une fiche par patient avec grippe confirmée (PCR ou TROD +)

Méthode :

– d’une part les aspects organisationnels de votre structure/unité vis à vis de la grippe,  (une fiche)
– d’autre part des patients ou résidents présentant une grippe confirmée par PCR ou TROD entre le 15/12/2016 et le 28/02/2017. (Une fiche / patient).

Cette 2ème partie de l’étude nécessite en amont une collaboration avec le laboratoire de Virologie ou de Biologie et/ou le PMSI de votre structure pour récupérer le nombre de prélèvements adressés au laboratoire sur la période considérée et notamment le nombre de prélèvement ou patients (résidents) positifs (entre le 15/12/2016 et le 28/02/2017)

L’enquête est rapide avec un nombre de données minimales ; Pour les unités de MCO et SSR, elle nécessite de recontacter les patients pour vérifier à la date de votre enquête s’ils sont vivant ou décédés.

Vous pouvez sortir une fiche générale pour votre structure et une par patient et résident, les remplir et enfin les retranscrire sur l’outil numérique.

Formulaires :

Enquête PUGG en ligne
Enquête PUGG (format Word)

Voici l’adresse de la SFGG si vous répondez en format papier :

SFGG
135 avenue de Wagram
75017 PARIS

Lire la suite...


Le mot de la Présidente, Sandrine Andrieu

9 mai 2017 — Catégories : Blog, News — Auteur :

Chers amis de la SFGG,

 

Membre de la SFGG depuis près de 20 ans, présidente depuis plus d’un an, je souhaite vous renouveler ma détermination dans l’accomplissement des objectifs que je me suis fixée lors de ma nomination.

J’ai souhaité, dès ma prise de fonction, placer mon mandat sous le signe de la recherche, tant au niveau biomédical qu’en sciences humaines et sociales. Je suis très fière de poursuivre dans cette voie et de participer, avec vous, au rayonnement de la gériatrie et de la Gérontologie en France et à l’étranger. C’est bien dans cette optique qu’ont été créées cette année 16 bourses pour permettre à de jeunes chercheurs et de jeunes praticiens de se rendre au congrès mondial de l’IAGG à San Francisco en juillet et au congrès de l’EUGMS à Nice au mois de septembre, congrès qui sera placé notamment sous le thème de la prévention.

Le vieillissement apparaît désormais au cœur des préoccupations de nos sociétés et alors que des travaux récents font état d’une diminution des incapacités au cours de ces dernières décennies, il convient d’analyser finement les déterminants de cette évolution favorable. Cela doit constituer une priorité de recherche et nous avons, en tant que spécialistes du vieillissement et du bien vieillir, un rôle capital à jouer dans ce domaine.

J’ai la chance de bénéficier d’un conseil d’administration et d’un bureau compétents et dynamiques, d’un conseil scientifique de qualité, présidé par Olivier Guérin et d’une délégation générale animée par Jean-Pierre Aquino assisté de Mélissa Houbart. Cette organisation est à même d’entretenir la vitalité de notre société et de relever les nombreux défis qui nous attendent.

Les défis à venir sont en effet multiples – et passionnants : l’application des décrets de la loi de modernisation du système de santé, des décrets de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, dans l’attente d’une nouvelle politique de santé, l’organisation hospitalière en général et gériatrique en particulier, les conséquences de la transition démographique et épidémiologique, la recherche, le soutien des vocations pour inciter les jeunes à s’inscrire dans un cursus gériatrique.

Une de mes priorités est aussi de renforcer la notoriété de notre congrès. Les journées annuelles incarnent notre plus belle réussite tant sur le plan scientifique que médiatique – nous sommes passés de 600 participants à 1200 en 5 ans. Elles le seront encore plus dans les années à venir avec le développement de notre discipline.

La recherche, comme je l’ai dit, constitue pour moi une priorité. Aussi suis-je très attachée aux groupes de travail qui représentent une initiative forte de la SFGG. Je m’appliquerai, tout au long de mon mandat, à valoriser, renforcer et optimiser leurs travaux afin qu’ils deviennent de puissants outils d’une recherche action et de promotion de notre discipline.

La SFGG souhaite également que le travail engagé dans le programme « Mobiqual » puisse trouver une suite sous un mode organisationnel différent. Nous nous attacherons dans les prochains mois à rendre à nouveau disponible ces formidables outils scientifiques et pédagogiques que nous avons développés et qui ont été plébiscités par l’ensemble des professionnels.

Je tiens enfin à remercier les délégations régionales et vous tous, chers membres de notre société, qui êtes de formidables ambassadeurs de notre discipline et qui contribuez, au quotidien à son développement, son prestige et sa réputation.

 

Pr Sandrine Andrieu

Lire la suite...


Lauréats Bourse SFGG 2017

6 avril 2017 — Catégories : Blog, News — Auteur :

Les lauréats à la Bourse SFGG 2017

Participants à l’IAGG à San-Francisco

 

FOUGERE Bertrand

Untangling the overlap between frailty and sarcopenia : data from toulouse frailty day hospital

VALLET Hélène

Long term prognosis of upper gastrointestinal bleeding in the elderly population

ZERAH Lorène

A new database of clinical and biological data from acute geriatrics awards

RAMBAUD-COLLET Cyrielle

 The Nonagenarians Patients With Cancer in the UCOG PACA-Est Cohort

GODARD SEBILLOTTE Claire

 External validation of SAFEs 6-week mortality-risk index on an Afro-Caribbean older patients cohort

DUVAL Guillaume

Vitamin D Insufficiency and Muscular Fatigability Among Older Women

 

Félicitations à vous tous !

 

Lire la suite...


Diaporamas de la session Gérontologie Scientifique des Journées Annuelles 2015 de la SFGG

9 novembre 2015 — Catégories : Blog — Auteur :

Les diaporamas des orateurs ayant accepté la diffusion de leur présentation est disponible. Consultez le programme ci-dessous.

Session 1 – Quoi de neuf en gérontologie ? 

 

Session 2 – Sexualité et personnes âgées

  • Intervention de Philippe KEMPENEERS : Le point du vue du psychologue, sexologue – Diaporama Philippe KEMPENEERS
  • Intervention de Lorraine ORY : Etude sociologique et psychologique sur la sexualité en EHPAD – Diaporama Lorraine ORY
  • Intervention de Karine LEFEUVRE : Le point de vue du juriste

 

Session 3 – Biologie-épidémiologie – La fragilité : de la cellule à la population

  • Intervention de Marie HERR : Le concept de fragilité en épidémiologie – Diaporama Marie HERR
  • Intervention de Yves ROLLAND : Le concept de fragilité en clinique
  • Intervention de Simon TOUPANCE : Le concept de fragilité en biologie

 

Session 4 – Adaptation des territoires au vieillissement

  • Intervention de Pierre-Marie CHAPON : Des pratiques territoriales des aînés à la constitution de territoires à haute qualité du vieillissement
  • Intervention de Mickael BLANCHET : Entre adaptation et inadaptation territoriales des politiques de la vieillesse – Diaporama Mickael BLANCHET
  • Intervention de Angélique PHILIPONA : La DATEL, un outil de construction d’une politique prospective d’accompagnement de la société au vieillissement – Diaporama Angélique PHILIPONA

Lire la suite...


Bilan et perspectives de la journée Gérontologie Scientifique du 26 novembre 2014

6 janvier 2015 — Catégories : Blog — Auteur :

La 1ère session Gérontologie Scientifique des Journées Annuelles 2014 a été un succès ! Nous remercions les intervenants et participants qui ont contribué à ce succès et vous proposons un bilan de cette journée que nous espérons reconduire en 2015 !

Lire la suite...


Diaporamas de la session Gérontologie Scientifique des Journées Annuelles 2014 de la SFGG

6 janvier 2015 — Catégories : Blog — Auteur :

Les diaporamas des orateurs ayant accepté la diffusion de leur présentation est disponible. Consultez le programme ci-dessous.

Session 1 – Les aidants 

  • Intervention de Marie-Eve JOEL : Aspects économiques de l’aide et des aidants
  • Intervention de Claude JEANDEL : Mise en place de structures innovantes en gériatrie dédiées aux aidants
  • Intervention d’Alain BERARD et de Natacha NGATCHA-RIBERT : Evolution des formules de répit et prise en considération des diversités – Diaporama Alain BREARD et Laetitia NGATCHA-RIBERT
  • Intervention de Marie-Christine GELY NARGEOT : Aide aux aidants : la question est-elle bien posée ?

 

Session 2 – Vieillir en Santé dans la Cité : les stratégies sur l’environnement et les modes de vie en question

  • Intervention de Thibauld MOUALERT : Vieillissement actif et en santé : perspectives internationales sur un référentiel de politiques publiques – Diaporama Thibauld MOULAERT
  • Intervention de Jean-Philippe VIRIOT DURANDAL : Le rôle des SHS dans la construction d’un approche intégrative du vieillissement
  • Intervention de William GASPARINI et de Sandrine KOBE : Faut-il prescrire une activité physique pour mieux vieillir ? – Diaporama William GASPARINI et Sandrine KNOBE

 

Session 3 – La longévité : enjeux et défis pour demain

  • Intervention de Jean-Marie ROBINE : La longévité : avancées démographiques – Diaporama Jean-Marie ROBINE
  • Intervention d’Athanase BENETOS : La longévité : facteurs endogènes : apport des télomères
  • Intervention de Jean-François DARTIGUES : La longévité : facteurs environnementaux – Diaporama Jean-François DARTIGUES

Lire la suite...


Interview de Thibauld Moulaert – Journée gérontologie scientifique JASFGG

21 novembre 2014 — Catégories : Blog — Auteur :

Thibauld Moulaert Retrouvez l’interview de Thibauld Moulaert dans laquelle il présente son intervention intitulée « Vieillissement actif et en santé : perspectives internationales sur un référentiel de politiques publiques » (session « Vieillir en santé dans la cité : les stratégies sur l’environnement et les modes de vie en question », mercredi 26 novembre 2014, 11h-12h30).

Monsieur Thibauld Moulaert est sociologue et coordinateur scientifique du Programme d’Etude International sur le vieillissement (PEIV, REIACTIS), il est professeur invité HEPN (Namur, Belgique) et professeur associé à l’Université de Sherbrooke (Canada).

Pouvez-vous présenter vos travaux ?

Après avoir terminé une thèse de sociologie sur la manière dont l’action publique en matière de fins de carrière était traversée par des processus de responsabilisation de l’individu à partir de la notion de « vieillissement actif en emploi » [1], j’ai poursuivi l’étude de ce mot, « vieillissement actif », à travers sa production sur la scène internationale par de grandes institutions comme l’OCDE ou l’OMS. C’est là que j’ai peu à peu découvert que non seulement ce terme pouvait avoir des significations et des implications pour l’individu assez différentes, mais aussi que c’était mon regard de chercheur qui devait être questionné. Ainsi, durant mon post-doctorat au Fonds National de la Recherche Scientifique belge, j’ai démontré deux choses avec mon collègue Jean-Philippe Viriot Durandal. Tout d’abord, que l’OMS d’un côté et l’OCDE de l’autre représentaient deux espaces de production / promotion distincts du « vieillissement actif » (ou plus exactement du « active ageing » en raison de la dominante anglophone dans cet espace international), les instances européennes naviguant entre ceux-ci. Ensuite, que les espaces de la production scientifique francophone et anglophone étaient également opposés quant à la perception de ce terme : pour les chercheurs francophones (voir pour les chercheurs français), le « vieillissement actif » renvoyait très majoritairement aux questions d’emploi, dans près de 7 cas sur 10, tandis que dans l’ensemble des articles anglophones identifiés, à peine 2 articles sur 10 s’y rapportaient ! Pour sortir de cette monofocalisation, dans laquelle j’étais situé, j’ai décidé de suivre une traduction particulière du « vieillissement actif » en étudiant son usage au cœur des « villes et communautés amies des aînés ». Ce programme de l’OMS a fait ses premiers pas en 2005-2007 et s’est aujourd’hui répandu à travers le monde, le Québec étant fréquemment cité comme un modèle.

Quels sont les principaux enseignements issus de vos recherches et des sujets que vous abordez ?

Si je me limite aux « villes et communautés amies des aînés », je tirerais trois enseignements ; premièrement, je constate que le thème est peu étudié dans l’espace de la recherche française, voir francophone (mis à part au Québec). C’est comme si les chercheurs n’avaient pas totalement [2] saisi l’intérêt de travailler, en dialogue avec les acteurs locaux (élus politiques, acteurs de la société civile, aînés et représentants d’aînés), sur l’environnement social et bâti et sur la manière dont on prend en compte, ou pas, la « voix des aînés » dans la gestion territoriale locale. C’est un axe que nous avons voulu développer, au sein du Programme d’Étude Internationalsur le Vieillissement (PEIV) du REIACTIS avec Jean-Philippe Viriot Durandal et Marion Scheider, ce travail étant soutenu par la CARSAT Bourgogne Franche Comté ainsi que d’autres partenaires tels que la MSA Bourgogne ou Malakoff Médéric.

Deuxièmement, à travers les « villes et communautés amies des aînés », on voit l’importance de l’intermédiation de certains acteurs. Par exemple, en Belgique, nous avons observé la place centrale jouée par des agents communaux pour littéralement porter les projets dans un programme « villes et communautés amies des aînés » et ainsi concrétiser, pragmatiquement, une autre traduction possible du « vieillissement actif » (c’est-à-dire une vision plus proche de la promotion de la citoyenneté que la centration sur « l’emploi des seniors »). Ainsi, et c’est mon troisième point, c’est véritablement le regard que le chercheur pose sur l’objet qui peut générer de nouvelles connaissances. À condition aussi d’être dans un dialogue respectueux et réciproque (dialogue qui peut bien sûr être un enjeu de négociations et de tensions) avec les acteurs qui participent aux « villes amies des aînés ». C’est ce qu’on observe dans une série de lieux qui ont porté loin leurs démarches (je pense à la ville de New York ou, plus généralement, à la longue expérience du Québec avec des chercheurs comme Suzanne Garon ou Marie Beaulieu qui furent initiatrices du projet dès 2007).

En quoi vos travaux peuvent-ils amener des préconisations pour améliorer le sort des personnes âgées ?

En tant que sociologue, c’est toujours compliqué de répondre à une telle question… Du moins, quand je me trouve en France ou en Belgique ! À force de fréquenter différents horizons, différents types d’acteurs ou différentes disciplines (travail social, gérontologie, psychologie, etc.), je pense aujourd’hui qu’il est possible – voir nécessaire – pour un chercheur en sociologie non seulement de maintenir une activité de réflexion critique disciplinaire (c’est la place du contrôle par les pairs), mais également d’être en dialogue avec l’acteur public, avec la société civile, non pas pour dire ce qu’il devrait faire, mais pour réfléchir, à ses côtés, en indiquant une série de voies possibles. Par exemple, si je prends le cas des « villes et communautés amies des aînés », je dirais que c’est un tournant non seulement pour l’action publique (dans le sens d’une action publique plus en dialogue avec le niveau local, ceci incluant non seulement les professionnels ou les élus, mais aussi et surtout les aînés à travers leur participation aux processus de réflexion et d’action), mais aussi pour la recherche sur le vieillissement (c’est se déplacer d’une centration sur l’individu, vers une articulation plus forte entre l’individu et l’environnement). Pour « améliorer le sort des personnes âgées », peut-être pourrions-nous commencer par les considérer comme des citoyens à part entière plutôt que de les enfermer trop vite dans les cases que nous construisons à travers nos disciplines scientifiques, notre système socio-sanitaire et administratif ou nos représentations, quand il ne s’agit pas de les considérer, sans le dire, comme de nouveaux clients ou consommateurs ! Ce serait la meilleure preuve d’une compréhension plus fine du référentiel du « vieillissement actif », la preuve que « vieillir en santé dans la cité » est une occasion à saisir et que le dialogue pluridisciplinaire peut porter du fruit.


[1] Thèse publiée ultérieurement : Gouverner les fins de carrière à distance. Outplacement et vieillissement actif en emploi, 2012, Bruxelles, Peter Lang.

[2] Certains chercheurs ont néanmoins identifié cet enjeu : Viriot Durandal J.-P., Pihet C., & Chapon P.-M., 2012,Les défis territoriaux face au vieillissement, Paris: La Documentation française.

Lire la suite...


Interview de William Gasparini et Sandrine Knobé – Journée gérontologie scientifique JASFGG – Session « Faut-il prescrire une activité physique pour mieux vieillir ? » (session « Vieillir en Santé dans la Cité : les stratégies sur l’environnement et les modes de vie en question »

14 novembre 2014 — Catégories : Blog — Auteur :

Retrouvez ici l’interview de William Gasparini et Sandrine Knobé dans laquelle ils présentent  leur intervention intitulée « Faut-il prescrire une activité physique pour mieux vieillir ? » (session « Vieillir en Santé dans la Cité : les stratégies sur l’environnement et les modes de vie en question », mercredi 26 novembre, de 11h à 12h30).

William GaspariniWilliam Gasparini est Professeur des universités, doyen de la Faculté des sciences du sport et directeur adjoint de l’École doctorale en SHS de Strasbourg. Titulaire d’une Agrégation d’EPS, d’un doctorat de sociologie et d’une Habilitation à Diriger des Recherches en sociologie, il poursuit ses recherches au sein du laboratoire « Sport et sciences sociales » et de l’Institut d’Études Avancées de l’Université de Strasbourg (USIAS) dans de nombreux domaines liés au sport tels que l’intégration, les discriminations, les politiques territoriales et européennes, le travail ou encore la santé.

Gasparini W., Vieille-Marchiset G. (2008), Le sport dans les quartiers, Paris, PUF.

Gasparini W. (Dir.) (2008), L’intégration par le sport ?, revue Sociétés contemporaines (Presses de Sciences Po), n°69.

 

 

Sandrine KnobéSandrine Knobé est sociologue, ingénieure de recherche en sciences humaines et sociales à l’Université de Strasbourg au sein de l’unité de recherche « Sport et Sciences Sociales » (E3S). Elle mène des recherches en sociologie du sport et de la santé, plus particulièrement sur les thématiques des usages sociaux des pratiques sportives, de l’insertion professionnelle des étudiants diplômés en sciences du sport et des programmes de promotion de la santé par les activités physiques.

Knobé S. (2010), « À propos des collectifs d’usagers de la santé en France au 20ème siècle », Journal of global health promotion, vol.17, n°3, p.85-88.

Knobé S., Gasparini W. (2014), « Le corps en mouvement sur prescription médicale », L’Observatoire, n°80, p.14-16.

 

Vous avez mis en place à Strasbourg de manière expérimentale un programme de prescription médicale d’activité. Quels sont les objectifs de ce dispositif? Quel est le rôle des SHS dans ce dispositif ? Et quels sont les apports des SHS par rapport à ce type d’initiative ?

Depuis fin 2012, la Ville de Strasbourg expérimente une nouvelle action de santé publique et d’incitation à l’activité physique et/ou sportive en faveur de personnes touchées par certaines maladies chroniques (obésité, diabète de type II, hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires stabilisées) intitulée « sport/santé sur ordonnance » (SSSO). Conduit par l’action volontariste de l’adjoint municipal chargé de la santé dans le cadre du Contrat Local de Santé de Strasbourg, en lien avec un réseau de médecins généralistes et d’associations partenaires, le dispositif « SSSO » s’inscrit dans le contexte national d’actions publiques favorables à la prescription médicale d’activité physique. L’objectif du dispositif est d’inciter des patients atteints de maladies chroniques à s’engager ou se réengager dans un style de vie actif.

Encadrée par des chercheurs du laboratoire Sport et sciences sociales de l’Université de Strasbourg et financée par l’Agence régionale de santé d’Alsace, une enquête sociologique visait à mettre en lumière les effets de ce dispositif sur certains aspects de la santé et de la qualité de vie des patients. Les résultats de l’enquête permettent tout à la fois de comprendre comment des personnes atteintes de maladies chroniques identifiées et stabilisées « entrent » dans une activité physique et/ou sportive et de saisir comment cette activité peut contribuer à faire évoluer la trajectoire de vie de ces malades.

 

Quelles sont les forces et les limites de la prescription médicale d’activités sportives selon vous ?

L’enquête démontre que l’action locale de santé publique constitue une « offre » pour une population sédentaire qui saisit cette opportunité pour se mettre ou se remettre à l’activité physique.

L’état de bien-être ressenti crée les conditions d’une bifurcation de carrière de malade chronique par la mise (ou remise) à l’activité physique. Mais les résultats invitent aussi à la prudence du fait de leur circonscription dans un laps de temps court. Mis en exergue dans plusieurs études, l’impact à long terme des actions de promotion des activités physiques sur les pratiques des populations ciblées reste à vérifier à travers des études longitudinales. Généralement, les plus enclins à poursuivre l’activité malgré des changements dans leur parcours de vie sont celles et ceux qui ont été socialisés à l’activité physique et/ou sportive avant leur entrée dans le dispositif (et qui possèdent de ce fait des dispositions à la pratique).

Quels enseignements tirez-vous de votre recherche ? Est-ce que les initiatives développées à Strasbourg sont duplicables sur d’autres territoires ?

Basée sur une approche qualitative, l’enquête permet ainsi de comprendre la pratique physique vécue par les patients, leur perception de l’activité et du dispositif. Mais elle contribue aussi à croiser les parcours de vie et les conditions sociales d’existence avec les « carrières » de malade. C’est en ce sens que l’analyse met en lumière, par la logique de la preuve, le poids des déterminants socio-économiques et territoriaux sur la santé des patients étudiés et leur rapport à l’activité physique. L’enquête révèle ainsi une population précarisée et vulnérable que les politiques publiques de prévention (tant sportives que sanitaires) ont généralement du mal à toucher.

Si toutes les conditions sont réunies (volonté politique de la municipalité, contrat local de santé intégrant la prescription médicale d’activités physiques, présence d’un réseau de médecins généralistes volontaristes et d’associations partenaires engagées dans le sport-santé, …), l’initiative SSSO strasbourgeoise peut être reproduite sur d’autres territoires, sous réserve qu’elle s’accompagne d’une évaluation tant sociologique que médicale.

 

Lire la suite...


1 2 3